MOMENTUM, GOÉLETTE éditions, Montréal, (ISBN : 9782896389094)


MOMENTUM de Patrick de Friberg

GOELETTE, Montréal, (ISBN : 9782896389094)

Le 4 avril 2011

« Les plans les mieux conçus des souris et des hommes s’effondrent souvent, nous laissant dans la douleur et l’effroi là où il n’y aurait dû y avoir que joie. » Ainsi s’exprimait, dans un vers dont Steinbeck ferait plus tard le titre de l’un de ses romans les plus célèbres, le grand poète écossais Robert Burns. Et c’est aussi cela que Patrick de Friberg démontre brillamment dans Momentum, roman dans lequel il s’attache à isoler ce moment précis où les stratégies les plus sophistiquées conçues par les appareils d’État et les plans les plus soignés imaginés par les services secrets achoppent justement sur cette part d’irréductibilité qu’est le facteur humain. Dans un monde où la politique est régie par les chiffres et les statistiques et où l’espionnage se limite trop souvent à la collecte de renseignements techniques, il faut sans doute remercier de Friberg de nous rappeler, dans ce roman à l’intrigue haletante, que ce sont finalement les hommes qui font l’histoire et que la vérité ne se confond jamais entièrement avec la somme des faits avérés. »
Percy Kemp

Souvenez-vous, je vous avais présenté en automne mon précédent roman. Nous étions alors en paix, je m’enfonçais dans le confort de l’hiver, Kadhafi, Moubarak ou Ben Ali étaient reçus avec tous les honneurs dans toutes les grandes cours du monde. Sept mois plus tard, le monde a tourné. Des dictatures alimentées par nos riches sociétés se sont effondrées, il y a la guerre à quelques dizaines de kilomètres des côtes européennes, je suis souvent consulté sur des révolutions dont j’avais prévu l’explosion contre l’avis de bien des experts télévisés. Je conforte ainsi mon expertise de ce facteur humain cher à Percy Kemp, qui fait tourner et parfois basculer le monde. C’est le sujet de mon nouveau roman, MOMENTUM, mon premier roman Nord-américain qui paraît lundi 4 avril prochain aux éditions Goélette.

Revenons à la genèse du manuscrit. En novembre 2003, alors que je travaillais à Riga, en Lettonie, l’un de mes contacts, Letton de bonne famille, me parla d’un de ses oncles, général du KGB à la retraite avec lequel il venait de renouer des relations rendues difficiles par la chute de l’Union Soviétique. Le vieillard faisait partie de ces quelques dizaines de milliers de Soviétiques qui n’avaient pu rester sur le territoire des pays baltes au moment des lois d’indépendances chassant les responsables des épurations et autres déportations commises au temps du monde communiste. La génération de mon ami est à la croisée de deux mondes, le russe et l’européen. Le premier entaché des souvenirs de l’oppression malgré ses changements, le second ne faisant plus rêver par à cause de l’attitude ambiguë de l’Ouest paranoïaque. Mon camarade avait accepté de revoir cet oncle honni, s’en était rapproché et me confia que l’homme avait essayé de monnayer ses pauvres secrets sans succès pendant ces quelques années folles où tout était à vendre à Moscou, du secret politique à la grande industrie. Le général n’était plus qu’un vieil alcoolique, sans retraite, perdu dans ses souvenirs le plus souvent et se racontant des histoires qui n’intéressaient plus personne. Il mourut peu après, retrouvé nu en plein hiver, roué de coups et lancé sous les roues d’un tramway. L’enquête, si tant est qu’elle fut sérieusement menée, avait conclu à une crise de delirium. Mon ami devint alors l’héritier d’un carton de documents inintéressants. C’est ainsi que je tombais sur la fiche de suivi d’un diplomate et politique canadien, appelons-le « l’ambassadeur », toujours en vie à l’époque de ma première lecture. Je flairai la désinformation, mais une phrase sibylline retint mon attention. Elle rapportait le questionnement de « l’ambassadeur » sur ses doutes moraux et idéologiques face à la chute du Mur. Il remettait en cause ce devoir de fidélité des espions communistes vis-à-vis de cette nouvelle Russie qui avait sanctifié le tzar et renié le rêve socialiste. L’homme, si longtemps après l’effondrement, si bien installé dans la vie canadienne, malgré son âge canonique, désirait « rentrer ».

L’idée qu’un beau mécanisme d’espionnage se déroulant sur des décennies ne puisse tenir qu’à un puissant désir de revoir sa terre, qu’un ambassadeur ou ce futur premier ministre Gilles Drouin que je mets en scène, puisse être un Russe de la génération des illégaux du KGB, la vilaine pensée qu’il puisse se trouver écartelé entre l’idéologie qui l’avait porté toute sa vie et ce Nouveau Monde dont il entretenait les compromissions et les magouillages, tout cela me passionna.

Momentum était né. Vous y lirez trois histoires enchevêtrées vers une fin inattendue: celle de l’infiltration d’un Soviétique adolescent en 1962, celle de la mise en place par le KGB en 1985 d’un vaste complot pour prendre possession de la politique canadienne, celle, enfin des prochaines élections québécoises.

"Fils spirituel de Vladimir Volkoff, Patrick de Friberg signe avec Momentum l’un des meilleurs romans d’espionnage de ces dernières années, à l’égal des Green et Le Carré. Le terrien que je suis a dû prendre une bonne inspiration et s’immerger en eaux troubles dans les méandres poisseux de la politique internationale. Cette descente érudite et intelligente dans les arcanes souterrains des services secrets m’a laissé le souffle court, avec le sentiment d’avoir exploré un territoire inconnu."
Laurent Guillaume.

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