L'âme de la grande Russie




Vous avez habité en Russie. Quel souvenir gardez-vous de ce pays ?

- C’est étrange ce sentiment que je cultive, presque à contrecœur. La Russie communiste était un havre de paix dans lequel on vivait sous une chape de peur et d’effroi. La Russie actuelle est un monde de peur permanente dans lequel on tente de survivre avec l’impression d’un bonheur libertaire sans limites.

Le souvenir le plus fort ? Une célébration religieuse interdite de rite orthodoxe dans une cave d’un immeuble glauque de Leningrad, dite par un jésuite qui avait omis de préciser sa véritable religion à ses ouailles et qui se faisait appeler « Otiets » comme un pope. Je pensais qu’à tout moment le KGB pouvait débarquer. J’ai appris plus tard que parmi les familles présentes, beaucoup appartenaient au terrifiant service de renseignement.

J’ai une image sépia de ce monde. Des femmes en noir, des regards furtifs, des voitures d’enfants toutes de la même couleur. Du gris, même sous la neige. Un monde de survie, d’attente, de résignation. Un monde si éloigné de la Nomenklatura !

D’après vous, où va la Russie actuelle ?

- Il y a quelques années, j’ai rencontré un colonel de l’armée russe. Dans son bureau, derrière son fauteuil, il y avait deux étendards. L’un était celui de l’armée rouge et l’autre celui d’un régiment impérial. Ce mélange est le symbole de la Russie actuelle, à l’image des actions des gouvernants russes d’aujourd’hui. Dans une dialectique renouvelée, ils ne renient rien des quarante sept ans de communisme ni de l’héritage impérial de droit divin, mais souhaitent s’inscrire dans le monde du capitalisme. Il n’y a pas eu de rupture entre toutes ces époques, seulement des transitions. La Russie est riche et fière de son histoire.


A.N.

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