J-19


J-19…

… avant la sortie en librairie.

J’aurais aimé que ce soit « 19, comme le dix-neuvième roman ». Mais je serai alors vieux, peut-être toujours en Amérique, au bord de ma terrasse, l’océan devant moi, comme mon héros, le général Carignac : « Le cul au chaud et la face au vent ».

Ce n’est que le septième écrit, sur la petite quinzaine de manuscrits, des bons et des moins bons, des aimés et des abandonnés. Et celui-ci est né sur un boutre construit de planches pourries et mené par un équipage qui devait remplir son assiette pendant la basse saison, de la ration de riz quotidienne par un solide menu de piraterie.

Nous étions dans le monde de l’extrême contraste, entre la Mer Rouge et le golfe d’Aden, à un endroit de la planète où la luxuriance du paradis s’oppose en quelques centimètres à la géhenne du désert. Dans des fonds de quelques dizaines de mètres, la flore et la faune sont parmi les plus denses au monde et, sur le bord de la plage, des populations meurent de soif et de faim. En face, de l’autre côté de la mer, une centaine de kilomètres seulement, les foules se massaient autour du tombeau du Prophète et pourtant nous étions seuls au monde. Nous avions plongé sur le Ras Abu Shagara, nous étions deux Blancs aussi barbus et sales que notre équipage et j’étais le plus heureux des hommes parce je vivais de ce virus que les lettres d’Henri de Monfreid m’avaient inoculé. Les yeux pleins des couleurs et du jeu de lumières que nous avions découvert sur une petite épave trouvée par hasard, nous étions allés acheter du carburant dans un petit port miséreux. Je ne résistais pas à aller me promener dans le village et c’est là que je le découvris.

Il courrait devant une bande de vauriens, traînant son arrosoir jaune accroché à une longue ficelle. L’attelage soulevait sur la bande de vauriens, qui le poursuivait en riant, un nuage de poussière. La crasse et la pauvreté qui s’étaient déposées sur les visages, éclairaient les grands yeux et les sourires éclatants.

Le petit groupe s’éloigna vers une colline de sable ocre et j’eus la vision du plateau si vert autour de la ville de Chartres, en France, se juxtaposant sur la caillasse du désert, inondant de luxuriance des jardins et des champs dans lesquels le garçon que j’avais entraperçu saurait à quoi sert son arrosoir. Je chassais les mouches qui nous entouraient et pris conscience que mon pirate de capitaine de chebek était à mes côtés.

- Seules les mouches survivent dans le désert, il faut repartir…

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