J-15 avant la sortie du Dossier Déïsis


1515, Marignan ! M’écriais-je au réveil…
Pour ce J-15, une victoire française aurait été de bon aloi, sur une terre abandonnée par les Français, battus honteusement par l’Anglais sur les plaines d’Abraham près de la ville de Québec. Mais je n’ai pas cette nature à ressasser une défaite, ayant cru si longtemps qu’on nous trompait et que nous avions vraiment gagné à Waterloo.
C’est aussi le cri il y a 15 ans, d’un obstétricien, entendant le poids en grammes de mon aînée, à qui il voulait qu’on lui offre ce patronyme délicat de Marie-Gnanne…
J’ai fait ce matin la revue détaillée de ces 15 et des dates, qui sont rangées étrangement dans mon cerveau. Trop nombreux, ils se bousculent, ils coulent, je devrais leur consacrer un dictionnaire, le L du nombre de mois passés à Leningrad ou en Lettonie, le Z de ce trek de 15 jours en Afrique du Sud avec un Zoulou diplômé d’Harvard qui me fatiguait à déclamer dans le silence grandiose de la nature, tous les poèmes de Victor Hugo.
Je reconquiers Éden et j'achève Babel.
Rien sans moi. La nature ébauche ; je termine.
Terre, je suis ton roi. »
Ceci dit, avec un accent anglais de bon ton, c'est-à-dire insupportable. Je ne supporte plus le Maître, j’ai des boutons à l’évocation d’une de ses poésies. Une honte de n’avoir pu apprendre dans ma vie que quelques vers alors que le Zoulou, son cul à l’air et sa lance à la main, avait tout appris. Tout Hugo et tout ce que la nature offre de signes pour survivre. Je fus admiratif, d’abord, puis 15 fois dégoûté.
À la 15ème question (vous pouvez recompter, c’est ma trouvaille du jour) de mon éditeur préparant une « bio » cohérente de ma vie décousue, sur la technique utilisée pour écrire les 12 romans (je lui en garde 3 autres en réserve, pour le bon compte) de la collection, tout en écrivant pour d’autres en une boulimie de mots et d’histoires, je répondis que je me réveillais avec le roman construit, rangé, découpé. Il me suffisait de basculer ensuite en mode plongée et de m’enfoncer doucement dans le bleu d’une intrigue. Quand ma réserve d’air était terminée, je remontais à la surface et j’avais ce sourire béat de tout plongeur qui émerge et ne peut tout raconter de la beauté, de la souffrance et de la joie qu’il a éprouvées, pour ne jamais l’oublier.
L’histoire nous emporte et souvent la vague passe au-dessus de nous, sans que nous voulions la toucher pour nous faire emporter. Il y a 15 années, quand ce petit être est né, j’aurais voulu que la vague m’emporte avec elle, pour lui faire faire le tour de ce monde que je connaissais si bien, si peu.
C’est la vraie réponse à notre vocation du mot. Il nous faut raconter et pas en 15 phrases comme ce petit billet.

PS : (vous allez recompter ! Je vous connais ! Alors enlevez-moi les vers de Victor Hugo, ils ne m’appartiennent pas…).

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