J-14 avant la sortie du roman


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"Carignac se saisit d’un dossier dont le titre, « Déïsis », en travers de la couverture, était souligné d’un trait rageur de feutre noir. Il le soupesa des deux mains, concentré. Il hésitait encore à confier son histoire à un tiers.
Dans cette boîte en carton dormaient des milliers de pages écrites par un journaliste qu’il n’avait jamais vu. Peu après lui avoir confié son enquête, le reporter avait disparu dans un accident de la route, sans doute assassiné. D’après la concierge de l’immeuble, la « femme de couleur » qui lui avait porté le dossier pleurait à chaudes larmes en serrant contre elle un nourrisson de quelques semaines, à la peau claire et au sourire permanent. Dans le carton, à côté de l’incroyable travail d’investigation du journaliste, était posé un lourd et noir pistolet. Il hésitait encore. Là, près de l'arme, sommeillaient les données d’un mécanisme plus destructeur encore qu’une ogive nucléaire, une bombe verte qui aurait des conséquences tragiques si personne n’intervenait. Les émeutes de la faim allaient être le catalyseur d’événements dévastateurs. Englués dans leurs accords écologiques internationaux, les politiques ne pourraient pas prendre les mesures nécessaires. Ils déclencheraient à coup sûr cette catastrophe. Devant la perspective de tant de richesses, quelle importance aurait une peste, qui de plus ne s’attaquerait sans doute qu’aux plus pauvres ? Les scientifiques qu’il avait interrogés reconnaissaient pourtant que la réponse miraculeuse de la nature ne se renouvellerait peut-être pas. Elle s’était défendue par un mécanisme qui tenait de l’« effet lemming », ce phénomène qui fait se jeter ces rongeurs dans la mer. Carignac détenait la seule analyse des sources et origines de cette catastrophe. Il connaissait le prix de l’humanité au-delà des frontières des pays industrialisés. Mais le général François Carignac avait reçu l’ordre de se taire et Déïsis allait renaître."

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